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Musique classique et opéra par Classissima

Henry Purcell

lundi 30 mai 2016


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26 mai

DVD, compte rendu critique. PURCELL : The Indian Queen (Musica Aeterna, Currentzis, Sellars) Madrid 2013 (2 dvd Sony classical)

Classiquenews.com - Articles DVD, compte rendu critique. PURCELL : The Indian Queen (Musica Aeterna, Currentzis, Sellars) Madrid 2013 (2 dvd Sony classical). PURCELL FRATERNEL, HUMANISTE, réactualisé. Au coeur de la guerre imaginaire entre Incas du Pérou et mexicains Aztèques menés par le conquérant Montezuma, Purcell développe et cultive les avatars de la guerre amoureuse ; ainsi l’astucieux Montezuma vainc la reine Zempoalla, le prince Acacis, son ami, et le général Traxalla. Parmi les vaincus incas se distingue la belle Orazia qui aime d’un amour réciproque le brillant vainqueur. Arrêtés les deux amants issus des camps opposés sont séparés puis réunis grâce à Acacis. Zempoalla et Traxalla finissent par se suicider, et Montezuma peut simposer à tous car il réunit les deux peuples du fait même de son ascendance : il est le fruit des amours entre la reine Aztèque Amexia et un Inca. Même opposés, les peuples sont tôt ou tard appelés à pactiser. Une telle vision finalement pacifiste, humaniste, surtout fraternelle, ne pouvait que séduire et inspirer Peter Sellars. D’autant plus que le metteur en scène a depuis longtemps le goût de la culture amérindienne, précolombienne, latine. PURCELL COMPLÉTÉ. De la fantaisie exotique amérindienne inventée par John Dryden, Peter Sellars suit la direction du donneur d’ordre de cette production soit Gérard Mortier, l’ex et regretté directeur de l’Opéra de Paris pour lequel l’opéra est d’abord du théâtre engagé. Pour illustrer le choc entre les deux civilisations, Peter Sellars et Teodor Currentzis complètent The Indian Queen de Purcell, en choisissant les textes ajoutés extraits d’une nouvelle, ‘”La niña blanca y los pajaros sin pies” (La jeune fille blanche et les oiseaux sans pieds), écrite par Rosario Aguilar, écrivaine nicaraguayenne qui est devenue, en 1999, la première femme membre de l’’Academia Nicaragüense de la Lengua”, cénacle motivée pour défendre la langue espagnole au Nicaragua. La nouvelle évoque le destin de six femmes, dont celles qui au XVIème siècle accompagnent les conquistadors dans l’épopée vers le Nouveau Monde, mais aussi l’histoire d’amour de deux journalistes, une jeune Nicaraguayenne et un reporter espagnol, chargés de couvrir la campagne électorale de 1990 qui scelle la défaite du sandiniste Daniel Ortega. Toujours, la rencontre de deux nations, l’union espérée, éprouvée, reportée de deux peuples… Ainsi toute la musique de Purcell originelle soit 50 mn est intégrée à un vaste cycle poétique et musical entrecoupé de textes de Rosario Aguilar, lesquels traduits en anglais sont récités par Maritxell Carrero, jeune actrice portoricaine, sorte de sybille moderne exprimant sur scène, par la gestuelle exclamative, la forte tension passionnelle de chaque situation. Il en découle un spectacle total – avec danses conçues par le chorégraphe Christopher William, de plus de 3h de durée avec ouverture et prologue. Dès l’ouverture, les esprits de la terre accompagnent et manipulent chacun des protagonistes. L’intrusion du début joue de la double lecture historique : les militaires en treillis qui surgissent en véhicule blindé, accompagnés par le prêtre incontournable qui donne la cou e être morale, sont autant les Espagnols d’Hernan Cortes qui découvrent les Tlaxcalans, que les Marines débarquant au Nicaragua dans les années 30 pour mater la guérilla conduite par le général Augusto Sandino. Le Prologue correspondant au I de l’Indian Queen de Purcell dénonce les désastres de la guerre. Difficile ici d’accepter le timbre de soprano aigu et acide-aigre du coréen Vince Yi ; la couleur est exotique à souhaits mais l’âpreté de sa voix dérange ; en revanche, Julia Bullock est l’indigène Teculihuatzin, une figure brillante et profonde qui se distingue nettement. Au I s’affirme alors Nadine Koutcher en Doña Isabel, sœur émouvante (O, solitude), d’une sincérité indiscutable. A la douceur voluptueuse des airs de Purcell tels donc : “O, solitude”, “I will sing unto the Lord as long as i live”, “Blow up the trumpet”, le sublime et tendure “Sweeter than roses” répond sur le plan narratif la violence irréversible avec laquelle les Mayas sont convertis au catholicisme, menacés par les armes. De même le général favori de Cortes, Don Pedro de Alvarado (impeccable Noah Stewart), est présenté à Teculihuatzin et l’épouse. Le II reprend tout le second acte d’Indian Queen où se détache évidemment la nuit amoureuse des deux jeunes mariés. Christophe Dumaux offre une belle caractérisation du prêtre Ixbalanqué, lequel envoûte et manipule à souhaits le général espagnol Pedro. Saluons aussi la forte présence du prêtre maya dont le baryton noir, Luthando Qave, fait une incarnation très convaincante. Plusieurs airs complètent le déroulé du II dont “See, even night herself is here”, “Music for a while”, “Il love and I must”, surtout, l’implorante prière “Hear my prayer, O Lord”, seule conclusion chorale imaginable après le massacre des Mayas, perpétré par le conquistador espagnol, génocide aussi sanglant que celui commis, plus tard, par les marines au Nicaragua. Alors la récitante Maritxell Carrero, se place seule, devant une immense toile rouge sang au pied de laquelle repose le peuple abattu : image d’un massacre ignoble qui conclut comme un linceul obsédant l’acte II. Ce sont les deux femmes pacificatrices qui apportent la voie de la réconciliation fraternelle après les exactions et violences perpétrées par Alvarado. Loi des hommes, des armes contre douceur des femmes-mères; L’engagement de chaque interprète, chanteurs, orchestre, acteurs est saisissant et restitue à la musique de Purcell, son charme et séduction irrésistible ; à la lecture poétique et contextualisée de Sellars, sa force critique et satirique. Dans la fosse, Teodor Currentzis s’implique au delà de l’habituel pour exprimer la part humaine et fraternelle de la musique. Un must. DVD, compte rendu critique. PURCELL : The Indian Queen (Musica Aeterna, Currentzis, Sellars) Madrid 2013 (2 dvd Sony classical) The Indian Queen (Henry Purcell) Nouvelle version Peter Sellars (durée 3h05) Représentation du 9 novembre 2013 Teatro Real de Madrid Hunahpu: Vince Yi Teculihuatzin: Julia Bullock Doña Isabel: Nadine Koutcher Don Pedrarias: DavilaMarkus Brutscher Don Pedro de Alvarado: Noah Stewart Ixbalanque: Christophe Dumaux Sacerdote maya: Luthando Qave Leonor: Maritxell Carrero Tecun Uman: Christopher Williams Leonor: Celine Peña Dioses mayas: Burr Johnson, Takemi Kitamura, Caitlin Scranton, Paul Singh Mise en scène: Peter Sellars Scénographie: Gronk Chorégraphie: Christopher Williams Chœur et Orchestre de l’Opéra de Perm (MusicaAeterna) Direction Musicale: Teodor Currentzis

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14 mai

MOULINS : “Barockissimo!”, Les Arts Flo en scène

M OULINS. Exposition. BAROCKISSIMO! Les Arts Florissants en scène jusqu’au 18 septembre 2016. Le Centre national du costume de scène expose quelques uns des joyaux en tissu, façonnés pour les productions lyriques dirigées par la directeur et fondateur des Arts Flo, William Christie. Opportunité pour le chef d’orchestre mythique et désormais incontournable sur le sujet de l’opéra baroque en France, de récapituler plusieurs décennies de recherches, d’approfondissement et surtout de trouvailles visuelles … ici le déploiement des étoffes prolonge, habille, explicite le geste musical. Le catalogue concentre la pertinence de l’approche muséale, tout en permettant aux personnalités organisatrices de s’exprimer sur les choix, la sélection des objets (costumes, maquettes, etc…) présentés (chapitre ou “acte” I), et aussi la réflexion née à partir des répertoires abordés : “L’Italie et la naissance de l’opéra, les voix” (acte II) ; “La France, Louis XIV et Lully” ; “L’Angleterre, Purcell et Shakespeare” ; “Handel et l’opéra” ; “L’Opéra français, à l’heure de Jean-Philippe Rameau”, sans omettre de tracer des perspectives : “au delà du baroque”. Ainsi Catherine Massip, Martine Kahane dont les recherches sont depuis longtemps associées à l’activité des Arts Florissants analysent très finement les ouvrages abordés, et la singularité critique défendue depuis ses débuts par le fondateur William Christie. LES ARTS FLORISSANTS : 1979-2015 30 ans d’enchantement visuel et scénique Une très intéressante partie connexe et complémentaire intitulée “Ascoltando” (cosignée par Dider Doumergue et Anne Verdier, les chefs costumiers des productions lyriques évoquées) est dédiée aux formes et enjeux du spectacles : dimension sociale (Atys et Le malade imaginaire), affirmation d’une élégance rhétorique (La Fée Urgèle, La répétition interrompue), la musique au fondement de l’inspiration (Médée, Hippolyte et Aricie), Montage de sens, montage de temps (L’amour médecin, Le sicilien ou l’amour peintre) ; sans omettre la très intéressante contribution de Jean-Marie Villégier à propos de sa coopération avec Bill autour de la production légendaire d’Atys (“Quelques feuillets de mon album, 1985-1992″, texte écrit en janvier 2016 pour l’exposition)… Au final le très beaux livre de 126 pages rend compte, tout autant que les objets de l’exposition à Moulins dans son intégralité, de la grande diversité des propositions de costumes dont le raffinement et le luxe répond directement au désir d’enchantement et d’éloquence défendu par William Christie quand il interprète telle ou telle partition ancienne et baroque. A partir de l’”Acte II”, — à partir de l’évocation thématisée de la naissance de l’opéra en Italie, la publication met en lumière, photographies en pleine page, la beauté des costumes façonnés pour chaque production. Costumes de Sant’Alessio (Caen, 2007), Il Riturno d’Ulisse (Aix, 2000 — avec un chapitre complémentaire dédié aux ateliers de costumes du Festival aixois…), L’Incoronazione di Poppea (Madrid, 2010), Il Tito de Cesti (Strasbourg, 2001 — en complément plusieurs photos de scène en noir et blanc) ; la France baroque renaît aussi grâce aux costumes des spectacles ainsi ressuscités : Le Malade imaginaire (Châtelet, 1990), évidement Atys (costumes de la création de 1986 à Florence puis à l’Opéra Comique en 1987, enfin pour la récente reprise de 2011 — costumes du dieu du sommeil pour Paul Agnew…) ; Actéon de Charpentier (TCE, Paris, 2011) ; Armide (TCE, 2008)…; sans omettre, côté baroques britanniques : chez Purcell (Dido and Aeneas (New York, 2010), The Fairy Queen (Aix, 1989), enfin propre aux enchantements multiples du théâtre de Handel : Alcina (Palais Garnier, Paris, juin 1999), Serse (TCE, Paris, 2003), Hercules (Aix, 2004), Theodora (TCE, Paris, 2015)… accomplissement tout autant convaincant, l’offre visuelle pour les opéras de Rameau dont son évoqués aussi par de magnifiques costumes : Hippolyte et Aricie (Paris, Palais Garnier, 1996 — dont l’inimaginable costume en une pièce des 3 Parques, sorte de monstruosité textile à trois têtes !), Les Indes Galantes (Palais Garnier, Paris, 1999), la récente production créée à Caen : Rameau, Maître à danser (2014), Platée (Vienne, puis paris, 2014), Pygmalion (Aix, 2010), Les Boréades (Palais Garnier, Paris, 2003), … Jamais l’univers visuel et poétique de William Christie et de ses Arts Flo (fondés en 1979), n’auront à ce point enchanter en une grande fresque onirique reconstruite sur plusieurs décennies. La perspective ainsi restituée est inédite et la richesse de l’offre visuelle, passionnante. Exposition et catalogue, incontournables. EXPOSITION : Barockissimo ! Les Arts Florissants en scène. Moulins, Centre national du costume de scène (CNCS), du 9 avril au 18 septembre 2016. Catalogue 220 pages, Édition lienart, Les Arts Florissants William Christie. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.




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12 mai

TOURCOING. Jean-Claude Malgoire dirige L’Italienne à Alger

TOURCOING, ALT : Rossini : L’Italienne à Alger, les 20, 22, 24 mai 2016. Nouveau Rossini subtil et facétieux à Tourcoing , pour lequel Jean-Claude Malgoire retrouve le metteur en scène Christian Schiaretti, soit 10 ans de coopération inventive, colorée, poétique. La production de l’Atelier Lyrique de Tourcoing est présentée telle une “création prometteuse” : Malgoire retrouve ainsi la verve rossinienne, après l’immense succès de son Barbier de Séville qui en 2015 avait souligné la 30ème saison de l’ALT (Atelier Lyrique de Tourcoing). Pour le chef Fondateur de La Grande Ecurie et la Chambre du Roi, revenir à Rossini c’est renouer avec l’adn de sa fine équipe de musiciens et de chanteurs : Cyrus à Babylone, Tancrède L’échelle de soie en marquent les jalons précédents. Pour L’Italienne à Alger, (créé en 1813 à Venise par un jeune auteur de … 21 ans), le chef aborde une nouvelle perle théâtrale et lyrique qui diffuse le goût exotique pour le Moyen Orient et les Indes, un monde lointain et fantasmatique qui fascine et intrigue à la fois… curiosité tenace depuis l’Enlèvement au Sérail de Mozart et avant, Les Indes Galantes de Rameau, pour le XVIIIè, sans compter Indian Queen, ultime opéra (laissé inachevé) de Purcell. On voit bien que l’orientalisme à l’opéra fait recette, mais Rossini le traite avec une finesse jubilatoire et spirituelle de première qualité. Jean-Claude Malgoire a à cœur de colorer la couleur comique et poétique de l’ouvrage (bien audible dans la banda turca, les instruments de percussion métalliques : cymbale, triangle, etc…). Délirant et souverainement critique, Rossini produit un pastiche oriental – comme Ingres dans sa Grande Odalisque, mais revisité sous le prisme de sa fabuleuse imagination. Avec Schiaretti, précédent partenaire de L’Echelle de soie, Jean-Claude Malgoire ciblera l’intelligence rossinienne, faite d’économie et de justesse expressive. L’italienne à Alger Opéra — création Opéra bouffe en deux actes de Gioachino Rossini (1792-1868) Livret d’Angelo Anelli Créé le 22 mai 1813 au Teatro San Benedetto à Venise Direction musicale : Jean Claude Malgoire Mise en scène : Christian Schiaretti Isabella, Anna Reinhold Lindoro, Artavazd Sargsyan Taddeo, Domenico Balzani Mustafa, Sergio Gallardo Elvira, Samantha Louis-Jean Haly, Renaud Delaigue Zulma, Lidia Vinyes-Curtis Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing La Grande Ecurie et la Chambre du Roy Vendredi 20 mai 2016, 20h Dimanche 22 mai 2016, 15h30 Mardi 24 mai 2016, 20h TOURCOING, Théâtre Municipal Raymond Devos Mercredi 8 juin 2016 19h30 Vendredi 10 juin 2016 19h30 PARIS, Théâtre des Champs Elysées Représentation du vendredi 20 mai en partenariat avec EDF Représentation du mardi 24 mai en partenariat avec la Banque Postale Tarifs de 33 à 45€ / 6€ – 18 ans /10€ – 26 ans / 15€ demandeurs d’emploi RENSEIGNEMENTS /RÉSERVATIONS 03.20.70.66.66 www.atelierlyriquedetourcoing.fr

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3 mai

CD, événement. Frederica von Stade, the complete Columbia recital albums (18 cd Sony classical)

CD, événement. Frederica von Stade, the complete Columbia recital albums (18 cd Sony classical). SOMBRE VELOURS D’UNE DISEUSE FRANCOPHILE. Mezzo irradiée – ce qui la destine aux emplois sombres et tragiques, la jeune musicienne fait son voyage à Paris où alors qu’elle échouait à devenir pianiste, elle éprouve comme une sidération inexplicable, le choc du chant et de la voix en assistant à un récital de la soprano allemande Elisabeth Schwarzkopf alors diseuse hors paires dans les lieder de Hugo Wolf. Il y a chez Von Stade qui a beaucoup douté de ses capacités artistiques réelles, une ardeur intérieure, une hypersensibilité jaillissante qui a rappelé dès ses premiers grands rôles, les brûlures tragiques et graves d’une Janet Baker. AU DEBUT DES 70′S… Jeune tempérament à affiner et à ajuster aux contraintes et exigences de la scène, Frederica Von Stade est engagée dans la troupe du Met de New York par Rudolf Bing (1970) : elle n’est pas encore trentenaire ; très vite, elle prend son envol comme soliste, avec l’essor augural des opéras baroques (elle chante Penelope de l’Ulysse monteverdien). Mais la diva est une diseuse qui se taille une très solide réputation chez Mozart (Cherubino qui sera son rôle fétiche, et Idamante) et Rossini dont elle maîtrise la virtuosité élégante et racée grâce à des vocalises précises et des phrasés ciselés (Tancredi, Rosina, la donna del lago: surtout le chant noble mais désespéré de Desdemona dans Otello…). La Von Stade est aussi une bel cantiste à la sûreté musicale impressionnante. Le timbre sombre, essentiellement tragique colore une suavité qui est aussi pudeur et articulation : la mezzo s’affirme de la même façon chez Massenet (Charlotte de Werther, Chérubin là encore et aussi Cendrillon. ..), et Marguerite embrasée par un éros qui déborde (La Damnantion de Faust), et Béatrice (Beatrice et Benedicte d’après Shakespeare) chez Berlioz dont elle chante aussi évidemment les Nuits d’été (de surcroît dans ce coffret, sous la direction de Ozawa lire ci après). COFFRET MIRACULEUX… Qu’apporte le coffret de 18 cd réédités par Sony classical ? Pas d’opéras intégraux, mais plusieurs récitals thématiques où scintille la voix ample, cuivrée, chaude d’un mezzo dramatique et suave, plus clair que celui de Janet Baker, aussi somptueux et soucieux d’articulation et de couleurs que Susan Graham (sa continuatrice en quelque sorte)… C’est dire l’immense talent interprétatif et la richesse vocale de la mezzo américaine Frederica von Stade née un 1er juin 1945, qui donc va souffler en ce début juin 2016, ses 81 ans. Le coffret Columbia (the complete Columbia recital albums) souligne la diversité des choix, l’ouverture d’un répertoire qui a souvent favorisé la musique romantique française, la fine caractérisation dramatique pour chaque style, une facilité expressive, une élasticité vocale, – dotée d’un souffle qui semblait illimité car imperceptible, et toujours une pudeur presque évanescente qui fait le beauté de ses rôles graves et profonds. Les 18 cd couvrent de nombreuses années, en particulier celles de toutes les promesses, et de la maturité, comme de l’approfondissement des partitions, soit de 1975 (CD où règne la blessure et le poison saignant de la Chanson perpétuelle de Chausson, déjà l’ivresse ahurissante de son Cherubino mozartien, ce goût pour la mélodie française : très rare Le bonheur est chose légère de Saint-Saëns, ou la question sans réponse de Liszt d’après Hugo : “Oh! quand je dors S 282, récital de 1977, cd3) ; jusqu’aux songs de 1999 et même 2000 (Elegies de Richard Danielpour, né en 1956, avec Thomas Hampson). Dans les années 1970 et 1980, la mezzo Frederica von Stade chante Mozart, Massenet, Ravel avec une gravité enivrée VELOURS TRAGIQUE Salut à la France… La mesure, le style, une certaine distanciation lui valurent des critiques sur sa neutralité, un manque d’engagement (certaines chansons de ses Canteloube)… Vision réductrice tant la chanteuse sut dans l’opéra français exprimer l’extase échevelée par un timbre à la fois intense, clair d’une intelligence rare, à la couleur précieuse, à la fois blessée, éperdue, brûlée : un exemple ? Prenez le cd 2 : French opera arias (de 1976 sous la direction de John Pritchard) ; sa Cavatine du page des Huguenots de Meyerbeer ; sa Charlotte du Werther de Massenet (noblesse blessée de “Va, Laisse couler mes larmes”), l’ample lamento grave de sa Marguerite berlozienne (superbe D’amour l’ardente flamme, au souffle vertigineux), ne doivent pas diminuer l’éclat particulier de la comédienne plus amusée, piquante, délurée chez Offenbach (Périchole grise ; Gerolstein en amoureuse déchirée : voyez le récital totalement consacré à la verve du Mozart des boulevards : Offenbach : arias and Overtures, 1994, cd14), d’un naturel insouciant et douée de couleurs exceptionnellement raffinées pour le Cendrillon de Massenet, surtout Mignon d’Ambroise Thomas, notre Verdi français. La pure et fine comédie, la gravité romantique, le raffinement allusif : tout est là dans un récital maîtrisé d’une trentenaire américaine capable de chanter l’opéra français romantique avec un style mesuré, particulièrement soucieuse du texte. Italianisme. Bel cantiste par la longueur de son legato et un souffle naturellement soutenu, aux phrasés fins et finement ciselés, Von Stade fut aussi une interprète affichant son tempérament tragique et sombre, d’une activité mesurée toujours, chez Pénélope de Monteverdi (Le Retour d’Ulysse dans sa patrie), chez Rossini où sa distinction profonde fait miracle dans Tancredi et Semiramide (airs et aussi récitatifs merveilleusement articulés / déclamés, cd4, 1977)… Evidemment son métal sombre et lugubre va parfaitement aux lieder bouleversants de Mahler (cd5, 1978 : Lieder eines Fahrenden gesellen, Rückert lieder) ; mais la passion vocale et l’étendue de son velours maudit, comme blessé mais si digne et d’une pudeur intacte ne se peuvent concevoir sans ses prodigieux accomplissements dans le répertoire romantique et post romantiques français : Chants de Canteloube avec Antonio de Almeida (2 albums, de 1982 et 1985, où l’ivresse mélodique s’accompagne d’une volupté comme empoisonnée à la Chausson… le timbre enivré de la mezzo américaine s’impose par sa volupté claire et son intensité charnelle ; exprimant tout ce que cette expérience terrestre tend à l’évanouissement spirituel,… une Thaïs en somme : charnelle en quête d’extase purement divine). Ces deux recueils sont des must, indémodables (même si pour beaucoup sa partenaire et contemporaine Kiri te Kanawa a mieux chanté Canteloube, sans “s’enliser”). Berliozienne et Ravélienne, Von Stade a exprimé son amour à la France. Même style irréprochable dans ses Nuits d’été de Berlioz d’après Gautier de 1983 sous la direction de Ozawa ; et aussi Shéhérazade, Mélodies et Chansons de Ravel à Boston avec Ozawa toujours en 1979… Avec son complice au piano, Martin Katz, la divina s’expose sans fards, voix seule et clavier dans plusieurs récitals qui ne déforment pas son sens de la justesse et de la musicalité allusive d’une finesse toujours secrètement blessée : deux cycles sont ici des absolus eux aussi, le récital de 1977 comprend Dowland, Purcell, Debussy Canteloube dont il faut écouter Quand je dors S 282 de Liszt sur le poème d’Hugo : maîtrise totale du souffle et du legato avec une articulation souveraine : quel modèle pour les générations de mezzos à venir. Plus aucune n’ose aujourd’hui s’exposer ainsi en concert. Puis le récital de 1981 se dédie aux Italiens, de Vivaldi, Marcello, Scarlatti à Rossini sans omettre évidemment Ravel et Canteloube Sur le tard, Stade, appelée affectueusement “Flicka“, sait aussi se réinventer et goûte selon l’évolution de sa voix, d’autres répertoires, d’autres défis dramatiques : comme le montrent les derniers recueils du coffret Columbia : après celui dédié à la comédie encanaillée mais subtile d’Offenbach (Offenbach arias & Overtures, Antonio de Almeida,1994), les cd 15 (Elegies et Sonnets to Orpheus de Richard Danielpour), cd 18 (Paper Wings et Songs to the moon… de Jake Heggie) soulignent la justesse des récitals (de 1998 et 1999) : celle d’une voix mûre qui a perdu son agilité mais pas sa profondeur ni sa justesse expressive… CONCLUSION. Pour nous, française de coeur, Frederica Von Stade laisse un souvenir impérissable dans deux rôles chez Massenet qu’elle a incarné avec intensité et profondeur : Cendrillon (cd16, 1978) et Cherubin (cd17, 1991), sans omettre son Mignon de Thomas (Connais tu le Pays, cd2, 1976). Bel hommage. Coffret événement CLIC de mai 2016. CD, coffret événement. Frederica von Stade : the complete Columbia recital albums (18 cd, 19975-2000). Extraits d’opéras, mélodies, songs, lieder de Massenet, Thomas, Ravel, Mahler, Schuebrt, Berlioz, Bernstein… CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.



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30 avril

PARIS. Festival PARIS MEZZO

PARIS. Festival PARIS MEZZO: 1er-24 juin 2016. Il manquait à Paris un vrai grand festival, à la fois exigeant, et aussi éclectique, servant TOUS les répertoires (du Baroque au contemporain), plusieurs lieux et site emblématiques de la Capitale, et diverses formes musicales (chœur, musique de chambre, voix, orchestre…) programmées. C’est chose faite avec le nouveau Festival Paris Mezzo, qui donc affiche du 1er au 24 juin prochains : le violonistes Nemanja RADULOVIC, les chanteurs Charles CASTRONOVO, Ermonela JAHO ; le joueur de mandoline, mais aussi Avi AVITAL, Beatrice RANA, Yan LEVIONNOIS, et le choeur TENEBRAE … soit 5 grands concerts dans 4 lieux mythiques de la capitale : Les Folies Bergère, le Théâtre des Champs-Elysées, la Salle Gaveau, la Sainte-Chapelle… Toutes les infos, la billetterie : www.festivalparismezzo.mezzo.tv Festival PARIS MEZZO 5 grands concerts / 4 lieux mythiques de la capitale : Les Folies Bergère, le Théâtre des Champs-Elysées, la Salle Gaveau, la Sainte-Chapelle. détail des programmes des 5 dates événements Mercredi 1er juin 2016, 20h, Folies Bergère Nemanja RADULOVIĆ, violon Laure Favre-Kahn, piano Double Sens Pièces pour violon et orchestre à cordes de Bach, Vivaldi, Brahms, Dvorak, Prokofiev, Tchaikovski, Chostakovitch, Khachatourian, Williams et Monti Mardi 7 juin juin 2016, 20h, Théâtre des Champs-Elysées Ermonela JAHO Charles CASTRONOVO Orchestre national d’Île-de-France Marco Zambelli Airs et duos d’opéras français et italiens Mercredi 15 juin 2016, 20h30, Salle Gaveau Beatrice RANA, piano Yan LEVIONNOIS, violoncelle Pierre Fouchenneret, violon Guillaume Chilemme, violon Marie Chilemme, alto Pièces pour violoncelle, piano et trio à cordes de Frédéric Chopin et Franz Schubert Lundi 20 juin 2016, 20h30, Salle Gaveau Avi AVITAL, mandoline Camille POUL, soprano Academy of Ancient Music Pièces pour mandoline et cordes d’Antonio Vivaldi et Giovanni Paisiello – Mélodie traditionnelle Vendredi 24 juin 2016, 20h30, Sainte-Chapelle Chœur TENEBRÆ, Nigel Short, direction Airs de Lobo, Purcell, Tallis, Lotti, Allegri, Tavener, Sheremetiev, Holst, Whitacre, Harris http://festivalparismezzo.mezzo.tv

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30 avril

CD événement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015)

CD événement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015). Le geste des baroqueux essaime jusqu’en Hongrie : György Vashegyi est en passe de devenir par son implication et la sûreté de sa direction, le William Christie Hongrois… C’est un défricheur au tempérament généreux, surtout à la vision globale et synthétique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilité et de goût : car le chef hongrois goûte et comprend comme nul autre aujourd’hui, à l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française. György Vashgyi, maître du Baroque Français Artisan d’un Mondonville plus détaillé, clair que dramatique, le chef hongrois affirme l’éloquence réjouissante de son geste : un nouvel accomplissement à Budapest. LE BAROQUE FRANCAIS : UNE PASSION HONGROISE. György Vashegyi a ce sens du verbe et de la clarté semblable aux pionniers indémodables… Il se passe évidemment plusieurs événements intéressants en Hongrie et à Budapest : depuis quelques années, chacun de ses enregistrements est attendu et légitimement salué (édité par Glossa : son dernier Rameau, un inédit Les Fêtes de l’Hymen, a remporté le CLIC de classiquenews 2015 pour l’année Rameau , de loin le titre le plus convaincant avec celui de l’ensemble Zaïs / Paul Goussot et Benoît Babel, autre CLIC de classiquenews édité par PARATY )… Mais ici, après la furie intensive et sensuelle de Rameau, le chef et ses équipes (choeur Purcell et orchestre sur instruments anciens Orfeo) s’attaque à un sommet de la ferveur chorale et lyrique du XVIIIè, les Grands Motets de Mondonville. Le compositeur est l’un des plus doués de sa génération, un dramaturge né, un virtuose du drame, maniant et cultivant la virtuosité à tous les niveaux : solistes, choeurs, orchestre. Son écriture fulmine, tempête, s’exclame mais avec un raffinement sonore, une élégance instrumentale inouïe propre aux années 1730 et 1740. De fait ses Grands Motets d’abord destinés aux célébrations purement liturgiques à Versailles, ont été ensuite repris à Paris dans la salle du Concert Spirituel, piliers d’une programmation particulièrement applaudie par les auditeurs du XVIIIè (virtuosité ciselée du récit Exultabunt pour basse et violoncelle solo, digne d’un JS Bach !). VOIR notre reportage vidéo Györgyi Vashegyi ressuscite Les Fêtes de Polymnie à Budapest (2014, avec Mathias Vidal et Véronique Gens, pour l’anniversaire Rameau / 250 ème anniversaire). Ici, György Vashegyi s’attaque à 4 d’entre eux, parmi les plus ambitieux, vrais défis en expressivité, équilibrage, dynamique globale : les plus connus tels Nisi Dominus (1743), et De Profundis (1748), et les plus rares voire inédits : Magnus Dominus (1734, donc contemporain des Grands Motets de Rameau) et surtout Cantate Domino de 1742 (la révélation du présent double album). Le chef hongrois complète astucieusement l’apport premier, fondateur de William Christie (qui dévoilait les Dominus Regnavit, In Exitu Israel, De Profundis… dès 1996). 20 ans plus tard, György Vashegyi affirme une lecture habitée, personnelle particulièrement convaincante qui touche par son étonnante cohérence et sa suavité comme son dramatisme millimétrés. Evidemment d’emblée cette lecture n’a ni la classe ni le souffle élégantissime d’un William Christie, – artisan inégalé pour Rameau ou Mondonville dont il a ressuscité les Grands Motets il y a donc 20 ans déjà. Pourtant… ce que réalise le chef hongrois György Vashegyi relève du … miracle, tout simplement. C’est une passionnante relecture des Grand Motets à laquelle il nous invite : une interprétation qui convainc par sa sincérité et aussi sa franchise, évitant tout ce que l’on retrouve ordinairement chez les autres chefs trop verts ou trop ambitieux et souvent mal préparés : instabilité, maniérisme, sécheresse, grandiloquence… A contrario de tout cela, l’ex assistant de Rilling ou de Gardiner possède une éloquence exceptionnelle des ensembles – orchestre, choeur, solistes ; une conscience des équilibres et des étagements entre les parties qui révèle et confirme une étonnante pensée globale, une vision d’architecte. Le sentiment qui traverse chaque séquence, le choix des solistes dont surtout les hommes s’avèrent spécifiquement convaincant : le baryton Alain Buet (partenaire familier des grandes résurrection baroques à Versailles) incarne une noblesse virile et une fragilité humaine, passionnante à suivre ; le ténor (haute-contre) Mathias Vidal qui sait tant frémir, projeter, prendre des risques aussi tout en sculptant le verbe lyrique français, éblouit littéralement dans l’articulation tendre des textes latins : chacune de ses interventions par leur engagement individualisé et le souci de l’éloquence, est un modèle du genre ; l’immense artiste est au sommet actuellement de ses possibilités : il serait temps enfin qu’on lui confie des rôles dramatiques dans les productions lyriques digne de sa juste intuition. Le chœur Purcell démontre à chaque production ou enregistrement initié par le chef, une science de la précision collective, à la fois autoritaire, des plus séduisantes… sans pourtant ici atteindre au chatoiement choral des Arts Flo (inégalés dans ce sens). Souvenons nous de leur Isbé, somptueux opéra du même Mondonvile, ressuscité en mars dernier (2016), découverte absolue et réjouissante et chef d’oeuvre lyrique qu’il a fallu écouter jusqu’à Budapest pour en mesurer l’éclat, le raffinement, l’originalité (qui préfigure comme chez Rameau, la comédie musicale française à venir…). L’opéra donné en version de concert a été l’une des grandes révélations de ces dernières années. De toute évidence, la sensibilité du chef György Vashegyi dispose à Budapest d’un collectif admirablement inspiré, avec propre à sa direction, une exigence quant à la clarté, à une absolue sobriété qui fouille le détail, au risque parfois de perdre le souffle et la tension… sans omettre la caractérisation, moins contrastée moins spectaculaire et profonde que chez William Christie qui faisait de chaque épisode une peinture d’histoire, un drame, une cosmogonie humaine d’une tenue irrésistible, d’une gravité saisissante. Cependant la lecture de György Vashegyi déploie de réelles affinités avec la musique baroque française ; d’Helmut Rilling, il a acquis une précision impressionnante dans l’architecture globale ; de Gardiner, un souci de l’expressivité juste. Les qualités d’une telle vision savent ciseler le chant des instruments avec une grande justesse poétique : car ici la virtuosité de l’orchestre est au moins égale à celle des voix. 
Les spectateurs et auditeurs à la Chapelle royale de Versailles le savaient bien, tous venaient à l’église écouter Mondonville comme on va à l’opéra. Le drame et le souffle manquent parfois ici, – point faible qui creuse l’écart avec Les Arts Flo, en particulier dans les choeurs fugués : Requiem aeternam du De Profundis de 1748, un peu faible – mais tension redoublée, davantage exaltée du Gloria Patri dans le Motet de 1734. Cependant à Budapest, l’esthétique toute en retenue, mettant surtout le français au devant de la scène, se justifie pleinement, en cohérence comme en expressivité. Vashegyi sait construire un édifice musical dont la ferveur, la cohésion sonore et le feu touchent ; comptant par l’engagement de ses solistes particulièrement impliqués, soignant chacun leur articulation …Réserve : dommage que la haute-contre Jeffrey Thompson manque de justesse dans ses aigus souvent détimbrés et tirés : à cause de ses défaillances manifestes, le chanteur est hors sujet et déçoit considérablement dès son grand récit avec choeur : Magnus Dominus, début du Magnus Dominus de 1734 ; surtout dans son récit avec choeur : Laudent nomen ejus ... en totale déroute et faillite sur le plan de la justesse ; il aurait fallu reprendre en une autre session ce qui relève de l’amateurisme. Erreur de casting qui revient à la supervision artistique de l’enregistrement. ORCHESTRE SUPERLATIF. Heureusement ce que réalise le chef à l’orchestre saisit par sa précision et là encore, son sens des équilibres (hautbois accompagnant le dessus dans la section qui suit). Confirmant un défaut principal déjà constaté dans ses précédentes gravures, Chantal Santon n’articule pas – même si ses vocalises sont aériennes et d’une fluidité toute miellée ; la Française ne partage pas cette diction piquante qui fait tout le sel de sa consœur Daniela Skorva, ex lauréate du Jardin des voix de William Christie (sûreté idéale du Quia beneplacitum du Cantate Dominum). Le meilleur dramatique et expressif du choeur se dévoile dans la rhétorique maîtrisée du choeur spectaculaire « Ipsi videntes… » : acuité perçante du choeur et surtout agilité précise de l’orchestre. L’un des apports de l’album tient au choix des Motets : ce Magnus Dominus de 1734, est le moins connu ; dans l’écriture, moins spectaculaire que les autres (malgré l’Ipsi videntes précédemment cité et sa fureur chorale), ne déployant pas ce souffle expressif d’une séquence à l’autre. DEFIS RELEVÉS. La plus grande réussite s’impose dans les deux Motets du cd2 : Cantate Domino (1742) et Nisi Dominus (1743). Le geste s’impose à l’orchestre : ample, suave, d’une articulation souveraine (début du Nisi ; intériorité calibrée dans Cantate Domino et le solo de violoncelle de l’exaltabunt…). Vocalement, il est heureux que le chef ait défendu l’option de solistes français car ici c’est la langue et sa déclamation naturelle qui articulent tout l’édifice musical. Le sens du verbe, l’intelligence rhétorique et discursive, la mise en place se distinguent indiscutablement. Et jusque là instable, la haute-contre Jeffrey Thompson reprend le dessus avec un panache recouvré dans la tenue prosodique hallucinante de l’ultime épisode de Cantate Domino. Le Trio du même motet s’impose comme une autre révélation : 3 voix témoins qui touchent par leur humanité terrassée (Ad Alligandos Reges – expression de la force des élus de Dieu-, dont l’expressivité à trois, sonne comme un temps dramatique suspendu d’un profondeur inédite). ARDENT, PERCUTANT MATHIAS VIDAL. Dans le Nisi Dominus, on ne saurait trop souligner la justesse stylistique des deux solistes dans ce sens, Alain Buet et Mathias Vidal, dont l’assise et l’expressivité mesurée alliées à un exemplaire sens du verbe apportent un éclairage superlatif sur le plan de l’incarnation : la couleur et le timbre font de chacun de leur récit non pas une déclaration/déclamation sophistiquée et pédante, mais un témoignage humain, fortement individualisé, éclat intérieur et drame intime que ne partagent absolument pas leur partenaires, surtout féminins (autant de caractère distincts qui font d’ailleurs l’attrait particulier du duo dessus / basse-taille et choeur du « Vanum est vobis »). Le récit pour haute-contre : « Cum delectis » affirme la maîtrise stupéfiante de MATHIAS VIDAL dans la caractérisation, l’éloquence, l’articulation, le style. Le chanteur diffuse des aigus tenus, timbrés, mordants d’une intensité admirable. Certes acide parfois (ce que nous apprécions justement par sa singularité propre), le timbre du Français projette le texte avec une franchise et une clarté exemplaire (« merces fructus ventris »…), trouvant un équilibre idéal entre drame et ferveur : Mathias Vidal mord dans chaque mot, en restitue la saveur gutturale, le jeu des consonnes avec une rare intelligence… expression la plus juste d’un texte de certitude qui célèbre la générosité divine ; à ses côtés, chef et orchestre offrent le meilleur dans cette vision lumineuse, précise, d’une architecture limpide et puissante. Toute la modernité éruptive et spectaculaire de Mondonville éclate littéralement dans le choeur « Sicut sagittae » dont le chef fait un duo passionnant entre chanteurs (droits, sûrs, là aussi d’une précision collective parfaite) et orchestre. Plus habité et sûr sur le plan de la justesse, Jeffrey Thompson – qui a chanté sous la direction de William Christie dans le motet In Convertendo (absent du présent coffret), convainc davantage (moins exposé dans les aigus) dans le Non confundetur final, qui n’est que verbe et travail linguistique, un prolongement du génie du Rameau de Platée. Chef, chanteurs, instrumentistes prennent tous les risques dans cette séquence où ils se lâcheraient presque, alliant souffle et majesté, deux qualités qui faisaient la réussite des Arts Flo. COMPLEMENT ESSENTIEL. Voilà donc un coffret qui complète notre connaissance des Grands Motets de Mondonville, révélant la science dramatique et fervente de deux opus moins connus : Magnus Dominus de 1734 et Cantate Domino de 1742. Une lecture superlative malgré les petites réserves exprimées. De toute évidence, c’est le goût et la mesure du chef György Vashegyi qui s’imposent ici par son intelligence, sa probité, sa passion de la clarté expressive. Désormais à Budapest règne une compréhension exceptionnelle du Baroque Français : c’est le fruit d’un travail spécifique défendu par un connaisseur passionnant. Superbe réalisation qui rend justice au génie de Mondonville. N’hésitez plus, s’il vous manquait un argument ou un prétexte pour un prochain séjour à Budapest, profitez d’un concert du chef György Vashegyi au MUPA (salle de concerts nationale) pour visitez la cité hongroise, nouveau foyer baroque à suivre absolument. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016. CD, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi. 2 cd Glossa GCD 923508 – Durée : 43:20 + 52:47 – Enregistrement à Budapest (Béla Bartók National Concert Hall, MÜPA), Hongrie, les 2-4 novembre 2015. Très bonne prise de son, claire, aérée, respectant l’équilibre soistes, choeurs, orchestre défendu dans son geste et son esthétique par le chef hongrois, György Vashegy. Un prochain concert à Versailles est annoncé au second semestre 2016, prochain événement au concert présenté par Château de Versailles spectacles. A suivre prochainement sur classiquenews.com JEAN-JOSEPH DE MONDONVILLE : Grands Motets CD I De profundis (1748) 01 Chœur: De profundis clamavi 02 Récit de basse-taille: Fiant aures 03 Récit de haute-contre: Quia apud te propitiatio 04 Chœur: A custodia matutina 05 Récit de dessus: Quia apud Dominum 06 Récit de dessus et chœur: Et ipse redimet Israël 07 Chœur: Requiem æternam Magnus Dominus (1734) 08 Récit de haute-contre et chœur: Magnus Dominus 09 Récit de dessus: Deus in domibus ejus cognoscetur 10 Chœur: Ipsi videntes sic admirati sunt 11 Récit de dessus: Secundum nomen tuum 12 Récit de dessus et chœur: Lætetur mons Sion 13 Duo de dessus: Quoniam hic est Deus 14 Chœur: Gloria Patri CD II Nisi Dominus (1743) 01 Récit de basse-taille: Nisi Dominus 02 Duo de dessus et basse-taille et chœur: Vanum est vobis 03 Récit de haute-contre: Cum dederit dilectis 04 Chœur: Sicut sagittæ 05 Duo de basses-tailles: Beatus vir 06 Air de basse-taille et chœur: Non confundetur Cantate Domino (1742) 07 Chœur: Cantate Domino 08 Duo de dessus: Lætetur Israël 09 Récit de haute-contre: Adorate et invocate 10 Récit de haute-contre et chœur: Laudent nomen ejus 11 Récit de dessus: Quia beneplacitum 12 Récit de basse-taille: Exultabunt sancti in gloria 13 Chœur: Exaltationes Dei 14 Trio de dessus, haute-contre et basse-taille: Ad alligandos Reges 15 Chœur: Gloria Patri 16 Duo de haute-contre et basse-taille et chœur: Sicut erat in principio — Chantal Santon-Jeffery, dessus Daniela Skorka, dessus Mathias Vidal, haute-contre Jeffrey Thompson, haute-contre Alain Buet, basse-taille Purcell Choir Orfeo Orchestra György Vashegyi, direction musicale Approfondir Retrouvez le ténor Mathias VIDAL : La Finta Giardiniera (Belfiore) à l’Opéra de Rennes 30 mai – 7 juin 2016 Les Indes Galantes de Rameau (Don Carlos, Damon) Ivor Bolton, direction Opéra d’état de Bavière, Munich les 24, 26, 27, 29 et 30 juillet 2016 Le Carnaval de Venise, Campra. Prague, le 4 août MATHIS VIDAL en vidéo Gala Lully à la Galerie des Glaces de Versailles Production Château de Versailles Spectacles Cantates pour le Prix de Rome de Max d’Ollon e (2013) Atys de Piccinni : répétitions Atys de Piccinni : représentations (2012) -reportage vidéo © studio CLASSIQUENEWS 2012 LIRE aussi Isbé de Mondonville ressuscite grâce au tempérament du chef György Vashegyi à Budapest (mars 2016)

Henry Purcell
(1659 – 1695)

Henry Purcell (10 septembre 1659 - 21 novembre 1695) est un musicien et compositeur de musique baroque. On admet généralement que Purcell a été le plus grand compositeur anglais de naissance (Haendel ayant été anglais par naturalisation). Purcell a incorporé à sa musique des éléments des styles français et italien, mais a développé un style anglais particulier.



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